Yann KERGALL, Président d’honneur

 

Président de l’Association Bretonne de 2010 à 2018

Tout changement de président constitue pour l’Association Bretonne une page qui se tourne en même temps qu’une aventure humaine qui se poursuit — avec détermination et fidélité — dans la continuité des valeurs qui fondent son identité. Celui qui est appelé à exercer cette responsabilité s’inscrit dans cette chaîne en même temps qu’il marque de son empreinte le mandat qu’il exerce. Yann Kergall — 19ème président depuis la création de l’Association Bretonne en 1843 — succéda le 23 octobre 2010 à Régis le Bouteiller des Haries. Le 22 juin 2018, il passa à son tour le relais à Benoît de Bergevin, son successeur, lors de l’Assemblée générale du congrès de Dinard. Quel meilleur contexte en effet pour cette passation que cette station balnéaire parmi les plus prestigieuses de Bretagne, à une encablure de Plumazon où se fondent les attaches bretonnes de Yann et où il aime à se ressourcer. Il aime la quiétude de ce hameau du bord de la Rance où, avant la construction du barrage, les habitants poussaient leur haveneau au pied du château de Péhou, en quête des crevettes qui assuraient leur subsistance.

Huit années de présidence

Pendant les huit années de sa présidence, Yann poursuivit l’action de ses prédécesseurs dans le souci de maintenir l’harmonie et la convivialité si essentielles à notre association car elles participent au plaisir de se retrouver lors des rencontres de pays comme des congrès. Il voulut en même temps maintenir l’association sur cette ligne de crête exigeante et difficile consistant à garder le cap dans le respect de ce qui fonde sa singularité et la différencie des autres sociétés savantes de Bretagne, comme d’autres instances à finalité sociale ou caritative. Sa présidence s’exerça dans un contexte de mondialisation croissante marquée, en contrepoint, par le regain d’intérêt qui s’exprime en faveur des cultures locales — expression de la diversité — et par l’insertion d’Internet dans le paysage tant professionnel que personnel.

Pendant son mandat, à la réalité physique de l’association — celle exprimée par ses membres — s’est conjuguée une autre réalité, cette fois virtuelle, par la présence de l’association sur Internet. L’adresse www.associationbretonne.bzh fut déposée et un nouveau site succéda à la première ébauche, déjà aboutie.

Pour reprendre ses propres termes, Yann se sent autant breton que français et européen, dans une complétude sans opposition entre ces trois appartenances. Adepte du bilinguisme précoce par l’éducation qu’il reçut de ses parents — il maîtrise depuis l’enfance le français et l’allemand — il y voit une stimulation de l’esprit et une ouverture au monde. Attentif à l’enseignement de l’histoire de la Bretagne, il est un partisan déclaré de la réunification administrative de la Bretagne. Surtout, il revendique son attachement aux racines chrétiennes de notre région, comme à l’expression de ces dernières dans le concert européen en construction.

Sous la mandature de Yann s’égrenèrent — comme autant de repères du temps qui passe — les congrès de Landerneau (2011), Redon (2012), Sarzeau (2013), Nantes (2014), Morlaix (2015), Lannion (2016), Lorient (2017), enfin Dinard, en 2018 (le 145è de la vie l’association). Ils sont avec la parution du bulletin l’horloge interne de l’Association Bretonne. Chacun d’entre eux évoque dans la mémoire tout à la fois un lieu de Bretagne, un contexte et des visages : ceux des intervenants, des membres présents, mais aussi — dans la fidélité du souvenir — ceux des membres qui s’en sont allés. Le congrès de Nantes fut notamment l’occasion de célébrer le 500ème centenaire de la mort d’Anne de Bretagne par la réalisation d’une bannière tissée par la maison Le Minor à Pont-l’Abbé représentant la duchesse tenant dans ses mains La Cordelière — le navire que fit construire son père François II de Bretagne en 1498 et dont elle fut la marraine — ainsi qu’une allégorie de la Bretagne historique.

Yann KERGALL et son épouse Viviane (juin 2018)

Un humaniste calme et déterminé

Yann Kergall, en peu de mots, c’est une affabilité conjuguée à un humanisme. Le sourire est facile, l’œil vif — parfois malicieux — scrute et analyse. Le propos, toujours calme et posé, témoigne de sa volonté en toute circonstance de savoir raison garder, de choisir le terme juste et précis, héritage de sa formation et de son activité juridique. Son engagement dans l’Association Bretonne remonte à 1972. Il s’est renforcé par la suite par son rôle d’administrateur au début des années 2000, puis par sa responsabilité de président en 2010.

Son beau-père, le colonel Léonor de Rohan Chabot, officier de cavalerie, fut lui-même secrétaire général puis président de l’Association Bretonne de 1972 à 1980. Ce dernier était issu de la promotion de Saint-Cyr dite « du Souvenir » (1921-1923) qui rappelle que 4448 Saint-Cyriens trouvèrent la mort pendant la Grande Guerre. Démobilisé en 1940, il participa à la Résistance en Ille-et-Vilaine avant et après la libération, sous les ordres du Colonel le Bouteiller, père de Régis, responsable du contrespionnage pour la Bretagne.

Autre figure, la belle-mère de Yann, Béatrix Le Cardinal de Kernier, se dévoua toute sa vie à la cause bretonne. Elle apprit le breton à dix-huit ans avant de publier — sous le pseudonyme de Keranro — de nombreux poèmes et une pièce de théâtre en breton[i]. Elle rédigea et fit éditer un missel pour enfants en breton et français. Elle réussit à apprendre le breton à son mari et veilla à ce que leurs 6 enfants le parlent. Femme d’engagement, elle contribua notamment pendant vingt ans à l’œuvre du Nid, fondée à Paris par Maggie Boire avec l’aide d’André-Marie Talvas en 1937 dans le but d’aider des jeunes prostituées, souvent bretonnes, à échapper à leur condition. Leur action aboutira à la promulgation de la « Loi Marthe Richard » du 13 avril 1946.

Yann est le fils d’Antoine Kergall et de Françoise de Berlhe. Jusqu’en 1939, son père, journaliste, fut directeur de la Revue Economique et Financière fondée par son propre père en 1880. Antoine Kergall, officier de réserve, fut lieutenant de chars de combat en 1940. Démobilisé, il s’engagea en 1941 comme agent de renseignement du réseau Kléber, puis responsable des renseignements du mouvement Libération-Nord[ii] dirigé par le général Lugand en 1943. Sous le pseudonyme de « Larcouest », il servira sous les ordres du colonel Rol-Tanguy comme chef du 2ème Bureau des FFI de la région Ile-de-France. En charge du renseignement pendant la libération de Paris, il fut promu au grade de commandant FFI le 15 août 1944. Proche d’Hubert de Lagarde[iii], chef du 2ème Bureau de l’état-major FFI, il fut proposé pour lui succéder après l’arrestation de ce dernier en juin 1944.

Le Musée de la Résistance en ligne présente notamment un rapport du 2ème Bureau de l’état-major régional FFI d’Ile-de-France signé « Larcouest » (Antoine Kergall) sur la situation au 29 août 1944 à destination de l’état-major national FFI, de la 2ème DB et au 5ème corps d’armée US. Un fond « Kergall » figure en effet au Musée du Général Leclerc de Hautecloque et de la Libération de Paris – Musée Jean Moulin.

Après une mission interalliée à Berlin dès la fin de 1945, Antoine Kergall fut nommé délégué du Commissaire pour le Land Rhénanie-Palatinat dans le Cercle de Wittlich[iv]. Cela valut à Yann d’effectuer ses études primaires et sa sixième dans une école allemande, puis en Belgique et de les poursuivre en France dans trois collèges jésuites successifs. L’idéologie humaniste du Ratio Studiorum[v] (confiance en l’homme et en Dieu) a marqué sa formation. Bilingue dès l’enfance, la maîtrise égale du français et de l’allemand explique l’intérêt qu’il a porté de tout temps à la pratique de plusieurs langues même si ce n’était pas le breton.

Une vie professionnelle bien remplie

Diplômé de l’École des Hautes Études Commerciales en 1963, Yann a passé ensuite plusieurs certificats à l’Université libre de Berlin avant l’obtention d’une maîtrise de droit à Paris Assas en 1966. L’année précédente, il avait épousé Viviane de Rohan Chabot dont il aura cinq enfants : Anne Osmont d’Amilly, Béatrice Sarton du Jonchay (décédée le 23 septembre 2018), Gwenola Perez Goicoechea, Charles-Arthur et Armelle Chalm.

Conseil juridique puis avocat associé, Yann exerça au Bureau Francis Lefebvre de 1966 à 1992. Responsable du département de fiscalité internationale de ce cabinet fondé en 1925, il devint membre du directoire. Par la suite, il rejoignit comme associé et membre du directoire le cabinet d’avocats CLC Juridique et Fiscal, lié à Coopers et Lybrand, de 1992-1997. Il termina sa carrière professionnelle comme associé du cabinet d’avocats UGGC Avocats de 1997 à 2002.

Avocat honoraire depuis 2003, sa contribution au rapprochement des professions de conseils juridiques et d’avocats lui valut l’attribution de l’ordre national du Mérite. Conseiller du Commerce Extérieur de la France de 1992 à 2004, il fut Secrétaire Général puis Vice-Président du Comité national des Conseillers du Commerce Extérieur de la France jusqu’en 2004. Ces responsabilités lui vaudront l’obtention de la Légion d’Honneur, au titre du Ministère de l’Économie et des Finances

Par ailleurs, son engagement en faveur de l’enseignement catholique le conduisit à présider l’Organisme de Gestion de l’Enseignement Catholique (OGEC), gestionnaire des collèges de Saint-Martin à Pontoise et Saint-Érembert à Saint Germain-en-Laye, avant d’être administrateur de la Fédération Nationale des OGEC (FNOGEC) jusqu’en 2012.

En reconnaissance pour son action au sein de l’Association Bretonne, Yann fut nommé président d’honneur, lors de la réunion du conseil d’administration du 6 octobre 2018.

                                                                  Michel GERMAIN, le 6 novembre 2018

Notes :

[i] Œuvre rassemblée dans Kevin Kerbrug, ouvrage publié en 1980.

[ii] L’un des principaux mouvements de résistance, il compte au nombre des 8 grands mouvements représentés au Conseil National de la Résistance à compter de 1943. Il adopta le nom du journal clandestin Libération-Nord qui parut pour la première fois en décembre 1940.

[iii] Officier d’active, écrivain et résistant qui mourut le 25 janvier 1945 au camp de Dora. Fondateur du réseau de résistance Eleuthère, membre du Comité d’action militaire, il avait installé rue Cambon le magasin d’antiquité Chez Swan, comme couverture de ses activités secrètes.

[iv] Source : Fabrice BOURREE, Musée de la Résistance en Ligne, http://museedelaresistanceenligne.org/

[v] Au sens littoral « Plan des études », Charte pédagogique des Jésuites.