Benoît de BERGEVIN : Nouveau président de l’Association Bretonne

Élu président de l’Association Bretonne le vendredi 22 juin 2018, lors du congrès de Dinard, Benoît de Bergevin a succédé dans cette fonction à Yann Kergall. Originaire du Finistère, il est né le 4 décembre 1955 à Saint-Martin-des-Champs, à l’ouest de Morlaix. Hasard ou signe du destin, sa date anniversaire est aussi celle où l’on fête sainte Barbe, patronne des artilleurs — originaire de Bythinie en Anatolie — suppliciée pour avoir refusé d’abjurer sa foi chrétienne. Qui aurait pu se douter, en ce matin d’hiver particulièrement rigoureux, que Benoît ferait carrière dans l’armée comme officier d’artillerie. Elle le conduira notamment — lui l’homme du bord de mer et du littoral finistérien — jusqu’à l’autre extrémité de l’Hexagone, à Draguignan, à l’École d’application de l’artillerie[i], en charge de la formation des officiers, sous-officiers et servants des matériels de l’artillerie.

Par son caractère comme par sa formation militaire, Benoît a le goût de l’ordre et de la discipline, pondéré par un égal attrait pour l’urbanité et les bonnes manières en toutes circonstances. Son goût du travail en équipe se conjugue avec le sens de l’humour, une certaine résilience et attirance pour la décontraction, le calme et la simplicité. Il voue une égale détestation en cuisine pour Brassica oleracea (plus communément dénommée choux de Bruxelles) et en société pour la malséance des rustres, des malappris et des snobs.

Benoît de BERGEVIN et son épouse Anne.

Des racines bretonnes affirmées

Fils d’Olivier Anne Joseph de Bergevin et d’Anne Marie Louise Françoise Dumolard de Bonviller, Benoît est issu d’une famille bretonne. Ce finistérien épousa le 23 janvier 1993, à Carantec, Anne de Kersauson. L’un de ses parents Bergevin, capitaine d’armes d’une compagnie franche de la marine, se distingua le 18 juin 1694 à la bataille de Camaret contre les Anglais sous les ordres de Vauban et participa à la prise de Rio-de-Janeiro par Duguay-Trouin en 1711[ii]. Son fils François, avocat, fut nommé en 1744 conseiller procureur du Roi à la sénéchaussée de Brest, avant de devenir lieutenant de l’amirauté de Léon, subdélégué de l’intendant de Bretagne pour l’évêché de Léon. Il reçut en 1775 ses lettres patentes d’anoblissement et le règlement de ses armoiries.[iii]

Un autre ancêtre, Olivier de Bergevin, s’illustra sous la révolution comme député extraordinaire du Finistère. Il consigna une adresse « à la convention nationale pour justifier la Commune de Brest et demander la mise en jugement du Tribunal révolutionnaire de cette ville », le 6 frimaire de l’an III (26 novembre 1794).

Benoît effectua sa scolarité à Morlaix avant de s’engager, au terme de son service militaire, pour entrer en septembre 1978 à l’École militaire de Strasbourg puis accéder à l’École militaire interarmes de Coëtquidan. Jeune sous-lieutenant, il choisit l’artillerie à sa sortie de l’école en 1981. Son premier régiment, il le rejoindra à Suippes, dans la Marne, comme lieutenant, après une année à l’École d’application de l’artillerie. Instructeur puis commandant d’unité à Poitiers, il rejoignit en 1991 le 93e Régiment de montagne[iv], à Varces dans l’Isère, comme officier supérieur adjoint, avant d’être muté à Draguignan en 1995, au poste de commandant de la formation des élèves officiers de réserve.

Draguignan, où il reviendra plus tard, accueillait en effet depuis 1976 l’École d’application d’artillerie qui succéda à l’École d’application d’Idar-Oberstein ouverte en zone d’occupation en Allemagne en 1945. Elle-même sera transférée à Châlons-sur-Marne en 1954, après une installation transitoire au camp de Mourmelon. Sous l’angle historique, cette école s’inscrit dans une tradition ancienne. Dès 1791 un décret de l’Assemblée nationale fixa la mission de l’École des élèves officiers d’artillerie de Châlons-sur-Marne en charge de la formation des sous-lieutenants ayant réussi l’examen préalable ou issus de l’école polytechnique. Elle fut déplacée plus tard à Metz en 1802, puis à Fontainebleau en 1871. En 1923, l’École militaire de l’artillerie de Poitiers reçut la mission d’accueillir les sous-officiers reçus au concours d’officier. À l’invasion, en juin 1940, l’École d’application de l’artillerie (EAA) fut déplacée à Nîmes.

Chargé de la communication, des relations internationales et des traditions de l’école, à compter de 1999, Benoît rejoindra en 2001 l’État-major de l’Armée de terre, rue Saint-Dominique à Paris. Avant son départ à la retraite en 2013, il retourna à Draguignan, cette fois comme chef de cabinet du général commandant l’École d’artillerie en 2007, puis de chef de cabinet du général commandant l’École d’artillerie et du général commandant l’École d’infanterie. Chevalier de l’ordre du mérite le 11 décembre 2001, pour ses vingt-cinq ans de service, Benoît de Bergevin sera fait officier le 9 novembre 2012.

Un esprit curieux et ouvert 

Les centres d’intérêt de Benoît relèvent de quatre domaines en particulier qui ont des liens croisés entre eux. Depuis 1970, il se passionne pour la généalogie des familles bretonnes sans se limiter à sa seule parentèle. À ce titre, il effectue aussi des recherches pour ceux qui s’attachent à retrouver les traces d’un parent plus ou moins célèbre. En lien avec le sujet précédent, l’héraldique est son second sujet d’intérêt.

Sans se qualifier de bibliophile, Benoît aime les livres. Ses recherches portent notamment sur ceux qui concernent la Bretagne, l’histoire de l’ancien régime et le XIXe siècle. À ce titre, il se penche sur les dictionnaires et annuaires biographiques, ainsi que sur les généalogies bretonnes.

Éclectique et d’esprit ouvert, ce tintinophile apprécie aussi la bande dessinée classique, notamment la ligne claire reprise par Hergé. Il ne dédaigne pas, de temps à autre, un bon roman policier, comme ceux d’Exbrayat, d’Agatha Christie ou de Stanislas André Steeman. Ce dernier est le concepteur du personnage de Wenceslas Vorobeitchik, alias Monsieur Wens, que l’on retrouve dans une douzaine de ses ouvrages. Ancien policier devenu détective privé — impertinent, ironique et subtil — Wens cultive l’élégance dans sa mise et la discrétion. Souvent impertinent, pratiquant en toute occasion une politesse exquise et évitant tout écart de langage, il ne se départit jamais d’un flegme permanent dans la résolution des énigmes les plus complexes, toutes qualités appréciées par Benoît dans la vraie vie.

Un goût pour l’écriture

Son attrait pour les livres conduisit Benoît à prendre lui-même la plume. Avec Claude-Youenn Roussel, il participa à la rédaction d’Un survivant de Quiberon[v], consacré à Louis-Ignace-Jean-Joseph Le Grand du Quellenec, l’un de ses parents. Ce personnage, né au Mexique dans une famille d’origine bretonne, vint s’établir à Morlaix. Les qualités de sérieux acquises lors de sa carrière militaire — il fut capitaine d’infanterie — le prédisposèrent à occuper des fonctions élevées dans l’administration révolutionnaire. Barré dans son évolution en raison de ses convictions religieuses, menacé, il émigra pour rejoindre l’armée des Princes[vi], participant notamment à l’expédition de Quiberon en juin 1795, dont il réchappa pour rejoindre l’Angleterre. De 1814 à 1819, il sera le maire de Morlaix. À l’évocation de cette dernière page de la vie de Le Grand du Quellenec Benoît consacra un second opus intitulé Morlaix sous l’empire et la restauration[vii].

Pendant sa carrière militaire, Benoît écrivit également sur différents sujets en lien avec son activité professionnelle. C’est ainsi, qu’il rédigea une biographie des principaux artilleurs dont la contribution fut décisive dans la bataille de Wagram dans le Petit journal de l’exposition Napoléon, l’histoire et la légende, qui se tint du 21 juin au 18 novembre 2009 au Musée de l’artillerie de Draguignan, pour le bicentenaire de cette victoire. Il évoqua dans ce texte le souvenir de Jacques Alexandre Bernard Law, marquis de Lauriston, Jean Ambroise Baton de la Riboisière, Antoine Drouot, Augustin Marie d’Aboville et Jean-François Boulart. Le texte fut repris dans le Dossier sur le bicentenaire de Wagram publié par le magazine Arti de juillet 2009[viii].

Rappelons qu’en janvier 1809 Napoléon se trouvait en Espagne lorsque l’Autriche, soulevant le Tyrol, reprit la guerre. Revenant en France, l’Empereur regroupa ses armées et marcha sur l’Autriche. Dès les premiers engagements, le 20 avril, les Français alliés aux Bavarois battirent les Autrichiens à Tengen, Abensberg, Lanshut, Eckmühl et Ratisbonne. Après avoir occupé Vienne, ils s’affrontèrent aux Autrichiens le 1er juillet, au sud de la ville. Le 6 juillet, sur l’ordre de l’Empereur, le général Lauriston concentra ses batteries pour frapper au cœur le dispositif autrichien, épaulé par les canons de Drouot. Au total, cent pièces furent alignées sur un front de 1400 mètres. Leur puissance de feu joua un rôle décisif en faveur de la victoire. Cette bataille démontra pour la première fois dans l’Histoire le rôle crucial de l’artillerie dans l’issue d’une bataille.[ix] l’archiduc Charles, contraint à se retirer en Moravie après avoir perdu cinquante mille hommes, demanda l’armistice le 11 juillet. La paix fut signée le 14 octobre 1809.

En conclusion, le lieutenant-colonel de Bergevin a fait sien l’apophtegme de son grand-père maternel « Bien faire et laisser braire », devise également partagée comme il le rappelle par les muletiers des régiments d’artillerie de montagne, dont le rôle fut si essentiel. Soucieux de l’équilibre à maintenir entre le corps et l’esprit — « Mens sana in corpore sano »— il pratique la course à pied deux fois par semaine. Cela lui permet, n’en doutons pas, de minimiser les risques glycémiques du millefeuille, son plaisir gourmand.

Michel GERMAIN, le 4 novembre 2018

Notes :

[i] L’école d’application d’artillerie transférée à Châlons-sur-Marne en 1949, s’installa à Draguignan en 1976.

[ii] Potier de Courcy, Nobiliaire et armorial de Bretagne, 1890, tome 1, p.90

[iii] Chaix d’Est-Ange Gustave, Dictionnaire des familles françaises anciennes ou notables à la fin du XIXe siècle, Tome 3.

[iv] Le 93e RAM se distingua en 1944 en participant aux combats menés à la plus haute altitude en Europe, à 3593 m., au pic du Midi.

[v] Roussel, Claude-Youenn, de Bergevin, Benoît, Un survivant de Quiberon : Le Grand du Quellenec, 1753-1830, Tome 1, Paris, Guénégaud, 2008.

[vi] Armée contre-révolutionnaire.

[vii] Roussel, Claude-Youenn, de Bergevin, Benoît, Morlaix sous l’Empire et la Restauration, Le Grand du Quellenec, 1753-1830, Tome 2, Paris, Guénégaud, 2012.

[viii] Dossier Traditions et culture d’arme (Bicentenaire de Wagram), Arti n°13, juillet 2009.

[ix] À titre d’information, 96 000 coups de canon furent tirés, nécessitant 12 tonnes de poudre (soit 250 000 livres). Source : Dossier Spécial Bicentenaire de Wagram, Arti n°13, juillet 2009.