Historique de l’Association Bretonne

L’Association Bretonne

Depuis l’origine, elle a pour objectif principal l’étude de la Bretagne en vue d’accroître le rayonnement de sa culture et le développement de son économie. Elle a été fondée en 1843 à Vannes par Jules Rieffel et Armand du Châtellier. Créée par un agronome et un historien, elle se proposait dès cette époque de promouvoir le progrès technique de l’agriculture, en l’accompagnant par la connaissance de l’histoire, des lettres et des arts ; elle y associait la défense des traditions et de la langue bretonne.

Elle se distingue des autres sociétés culturelles et historiques bretonnes, souvent plus spécialisées, par sa dimension régionale étendue aux cinq départements de la Bretagne historique et par un champ d’action plus large. Par ailleurs, elle porte son intérêt autant sur le passé que sur l’avenir, en accompagnant la période actuelle : si elle s’intéresse au passé, c’est pour mieux préparer l’avenir en tirant profit des leçons de l’histoire. Elle ne veut donc ignorer aucun des aspects de la vie socioculturelle actuelle de la Bretagne.

L’Association Bretonne fut dissoute en 1859 par décision impériale ; elle a repris vie en 1873, et n’a jamais cessé ses activités depuis. Parmi les personnages qui l’ont rendue célèbre, on peut citer : Auguste Brizeux, Théodore de La Villemarqué, Arthur de La Borderie, Anatole Le Braz, Joseph Loth, Vincent Audren de Kerdrel, les bardes Taldir et Abhervé, René de Kerviler, Joseph-Guy Ropartz, Michel du Halgouët, François Vallée, Charles de Lorgeril, Charles de la Lande de Calan… et beaucoup d’autres encore.

L’Association Bretonne est historiquement de tradition chrétienne ; c’est d’elle que sont issues la plupart de nos sociétés historiques actuelles.

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Naissance de l’Association Bretonne

Fondée par Jules Rieffel et Armand du Chatellier les 3 et 4 mai 1843, l’Association Bretonne s’inscrit dans le mouvement de prise de conscience agricole qui se fait jour en Bretagne au XIXe siècle. Elle rassemble un premier cercle de grands propriétaires bretons, le plus souvent érudits et progressistes, engagés en faveur de la Bretagne et attachés à leur histoire.

À cette assemblée inaugurale – convoquée par Armand Duchatellier, membre de la société centrale d’agriculture du Finistère – participent le préfet du Morbihan, Édouard Lorois, le maire de Vannes, membre de la Société d’agriculture de Vannes, Armand Taslé, mais aussi Vergniaud, de la Société centrale d’agriculture du Finistère, Gaillard, conseiller de préfecture du département du Morbihan, Jules Rieffel, directeur de l’Institut agricole de Grand-Jouan et membre du Conseil général d’agriculture, Le Masne, élève de Rieffel, le colonel Gabriel de Francheville, conseiller général du Morbihan, Philippe Kerarmel, juge de paix à Lorient et secrétaire de la Société d’agriculture, Fortuné Athanase Conen de Saint-Luc, président du comice agricole de Plogastel-Saint-Germain, de Lescoet, du conseil d’arrondissement de Pontivy, Desjars, président provisoire du comice central et des comices de l’arrondissement de Guingamp, Bourel-Roncière, de la Société départementale des Côtes-du-Nord, Morand, président de la Société d’agriculture de Vannes, Septlivres, de la Société d’agriculture de Vannes, Laplume, président du comice agricole de Plœmeur, Ephrem Houel du Hamel, directeur du haras de Langonnet, Pradier, secrétaire général du département du Morbihan et secrétaire de la Société d’agriculture de Vannes, de Kerstrat, de la Société d’agriculture de Quimper.

Jules Rieffel (en 1850)

Jules Rieffel (en 1850)

À l’issue de cette première rencontre, la constitution des sections est faite. La première section a pour intitulé « Statistique, économie rurale, économie sociale, vœux » La deuxième section se spécialise dans quatre domaines : « Culture, bestiaux, art forestier, horticulture » La troisième section s’oriente vers l’archéologie et les beaux-arts.

Les statuts de l’association précisent son objet et sa finalité. Ainsi l’article 1 stipule que « L’association bretonne est fondée pour adapter le développement des progrès agricoles de la Bretagne et former un centre d’études et de relations. » Le règlement précise que chaque année se tiendra une rencontre, intitulée Congrès agricole de la Bretagne – à tour de rôle dans chacun des cinq départements bretons – à la suite de laquelle une présentation d’animaux domestiques sera effectuée, avec attribution de prix aux bêtes les plus remarquables. Les fondateurs s’inspirent, dans cette initiative, des comices agricoles de Seine-et-Marne et de Seine-et-Oise, les premiers à avoir initié en France le principe de concours pour présenter chaque année l’état de l’art des instruments agricoles et exposer les animaux les plus performants.

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Sous l’angle de l’organisation, les fondateurs conviennent que l’association sera gérée par un conseil de direction comprenant un directeur, un secrétaire et un trésorier, élus pour quatre ans. Chaque rencontre annuelle sera l’objet d’un bureau particulier composé d’un président, de deux vice-présidents et de deux secrétaires, outre les membres du conseil de direction. En complément, des inspecteurs d’arrondissement, nommés pour un an, seront choisis dans chaque département breton. Enfin, il est précisé que l’adhésion à l’association est conditionnée à une inscription préalable et au règlement d’une cotisation annuelle de cinq francs, portée à quinze francs si l’adhérent souhaite recevoir le journal de l’association.

Les participants à la réunion inaugurale se prononcent, au terme de cette dernière, en faveur d’une direction composée de Jules Rieffel comme président, d’Armand Duchatellier, membre de la Société centrale d’agriculture du Finistère comme secrétaire général, et de Philippe Kerarmel, secrétaire de la Société d’agriculture de Lorient, comme trésorier.

Quelques mois plus tard, le premier congrès de l’Association Bretonne se tient à Vannes les 20, 21, 22, 23 et 24 septembre 1843. Il accueille un cercle élargi de participants et met sur les rails l’association. Le compte rendu qui en est fait rappelle que : « des agronomes et des agriculteurs bretons s’étant réunis à Vannes, dans le courant du mois de mai dernier, il avait été décidé par eux qu’un congrès breton serait fondé dans le but de recueillir, sur l’agriculture des cinq départements de la Bretagne, tous les renseignements qui pourraient éclairer le pays et le gouvernement. L’objet était à la fois d’étudier les besoins et les ressources du sol, et d’arriver à connaître quelles sont les pratiques et les méthodes suivies dans chaque localité, les conditions et les circonstances de chaque espèce de culture, et de signaler au gouvernement les encouragements et la protection dont notre agriculture et nos intérêts ont le plus pressant besoin. »

Cette première manifestation se tient le 20 septembre 1843, dans la grande salle de l’Hôtel de Ville de Vannes. Elle commence à onze heures du matin, avec un certain décorum. Le fauteuil du président est flanqué pour la circonstance de deux drapeaux. Le premier porte les couleurs des cinq départements de la Seine-Inférieure, de l’Eure, du Calvados, de l’Orne et de la Manche. Ce drapeau est offert en cadeau par l’Association Normande, dont la délégation est composée d’Arcisse de Caumont, d’Alexandre de Cussy et d’Ephrem Houel. Elle offre ce drapeau à l’Association Bretonne, « comme gage de sa sympathie et de sa cordiale fraternité, en la voyant entrer comme elle dans la voie du progrès et des études agricoles. » Le second drapeau porte la devise Kent mervel (jusqu’à la mort). Il conjugue le noir à la blancheur de l’hermine et sera remis, en réciprocité, par l’Association Bretonne à la délégation de l’Association Normande. Arcisse de Caumont, son président, est un lettré, historien de l’art né à Bayeux le 28 août 1801, licencié en droit de l’université de Caen, fondateur en 1830 de la Revue normande et instigateur en 1832 de l’Association normande pour le progrès de l’agriculture, de l’industrie et des arts.

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Invité à prendre la parole au début du congrès de Vannes, il exprime la sympathie de son association pour la création de sa jeune consœur, souhaitant notamment l’établissement d’un partenariat fécond. Dans ses vœux, il augure que : « Les heureux résultats de l’association seront surtout compris en Bretagne, cette grande province qui a, plus qu’aucune autre, conservé son esprit public et son individualité. Gardez-le, Messieurs, cet esprit de province ; gardez-la cette énergie de pensée et d’action qui distingue le noble caractère breton ; gardez vos croyances, votre fidélité à la foi jurée ; repoussez cet esprit de doute et d’égoïsme, cette lèpre des armes, qui énerve et ramollit les caractères, qui substitue au dévouement et aux pensées généreuses la faiblesse et la timidité. »

Comme la citation précédente qu’elle rapporte, l’édition de 1844 de l’Annuaire des cinq départements de l’ancienne Normandie, publiée par l’Association Normande à Caen, rappelle en retour l’allocution prononcée par Jules Rieffel à l’ouverture de l’assemblée : « Il y a aujourd’hui près d’un siècle florissait dans notre province une société d’agriculture fondée par les états de Bretagne. Cette société a laissé de précieux souvenirs, quoique son existence ait été de courte durée. […] La paix générale, l’augmentation de la population, l’accroissement de nouveaux besoins, ont de nouveau porté l’attention sur l’agriculture. »

Il rappelle par ailleurs la dette que l’on doit aux générations précédentes et qui incite à redoubler d’efforts dans la situation actuelle : « D’âge en âge, nos ancêtres nous ont transmis les faits de leurs travaux accumulés jusqu’à nous. Sans eux, nous n’aurions ni une pioche ni une charrue, nous serions misérablement vêtus. C’est une dette sacrée, pour nous, d’augmenter l’héritage commun, et quand nos petits-fils nous demanderont compte de notre passage sur la terre, qu’aurons-nous à leur répondre. Quels legs leur offrirons-nous ? Quand je considère les grands travaux qui sont accomplis, depuis un demi-siècle, dans les autres branches des connaissances humaines, je ne peux m’empêcher de gémir sur l’état encore si arriéré de l’art agricole ; et, cependant, en comparant l’agriculture elle-même, pendant la même période, je trouve un progrès incontestable. Ce progrès est dû sans doute aux efforts de tous, chacun y a travaillé pour sa part ; mais, au milieu du progrès général, ne voyez-vous pas, sur l’horizon agricole, un phénomène nouveau, inconnu aux siècles antérieurs, un point lumineux, le même point qui a éclairé la marche des autres sciences. Ce point, Messieurs, c’est l’avènement de l’intelligence dans un art autrefois confié aux seules forces matérielles de l’homme. C’est là l’étoile qui, je l’espère, brillera un jour sur nos tombeaux, alors que nos descendants nous demanderont compte de notre passage sur la terre. »

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À la fin de l’année, Jules Rieffel a une pensée particulière pour Mathieu de Dombasle, avec qui il est resté constamment dans une relation quasi filiale et respectueuse, à l’occasion de sa disparition le 27 décembre 1843 : « Monsieur Joseph Alexandre Mathieu de Dombasle, l’un des plus illustres vétérans de l’agriculture française, membre correspondant de l’Institut, Officier de la Légion d’honneur, est mort à 66 ans. Sa réputation est européenne. Né en 1777, son existence a été remplie, jusqu’à la dernière heure, par de savants et utiles travaux. » Il souligne par ailleurs que, grâce à la dynamique suscitée par ce dernier et par ceux qui ont pris la relève, 800 associations agricoles existent aujourd’hui en France et que « Les clercs laboureurs, que l’on aurait vainement cherché partout ailleurs que dans les monastères, sont aujourd’hui répandus de toutes parts. La lecture, l’écriture et le calcul sont enseignés dans les moindres communes. Le temps s’avance où tous les enfants sauront lire et écrire, et la génération qui me suivra trouvera des destinées intellectuelles et matérielles meilleures que les nôtres. »