Colloque

Colloque du 16 novembre 2018 sur « Où va la Bretagne ? »
Organisé par Ar Falz/Skol Vreizh au lycée Suscinio à Morlaix-Ploujean

   À la suite de la parution au printemps 2018 de l’ouvrage Où va la Bretagne ? par Ar Falz/Skol Vreizh, ses auteurs, Yves Lebahy et Jean-Claude Le Ruyet ont organisé ce colloque avec de nombreux autres intervenants de milieux professionnels divers.

   Après l’introduction au colloque par Paolig Combot et Jean-René Le Quéau, président et vice-président d’Ar Falz/Skol Vreizh, Yves Lebahy, membre et ancien président des « géographes de Bretagne », a démarré d’emblée la journée en mettant en garde contre « l’illusion que tout va bien en Bretagne ».
Outre les fractures territoriales (la Loire-Atlantique absente de la Région Bretagne, les métropoles de Rennes et Nantes modifiant considérablement l’arrière-pays qui devient leurs banlieues, …), il a mis l’accent sur l’avenir maritime de la Bretagne actuellement en berne, le cabotage entre ports de la côte inexistant alors qu’il existe un besoin, la pêche en décroissance, le développement des énergies marines sans cesse repoussé…

    L’avenir de la jeunesse bretonne se pose aussi devant l’appareil scolaire et son adaptation aux besoins ; sans compter avec les problèmes d’addiction à l’alcool et aux drogues qui ruinent aujourd’hui l’avenir d’un nombre important de jeunes…
L’insuffisance des offres d’emploi pour les jeunes en Bretagne oblige un nombre important d’entre eux à partir ailleurs chercher du travail ; ce qui entraîne une perte démographique, laquelle n’est compensée que par l’arrivée de Bretons âgés, de retour en Bretagne pour leur retraite. La pyramide des âges se creuse entre 25 et 40 ans et se gonfle après 60 ans…
Le bilan actuel des emplois en Bretagne montre une insuffisance d’économie productive et trop d’économie distributive. Les secteurs primaire et secondaire sont en décroissance forte, le secteur tertiaire en forte augmentation. L’évolution climatique remet aussi en question un certain nombre de valeurs dans nos modes de vie : il serait temps de revenir à une sagesse des rapports des habitants avec la terre, une géophilosophie…

   Jean Ollivro, géographe, a abordé le thème de l’équilibre territorial et urbain, où les villes moyennes ne trouvent plus leur part. Les jeunes veulent souvent du travail à Nantes ou Rennes, beaucoup moins à Brest ou dans d’autres villes moyennes (comme Auray, Concarneau, Douarnenez, Landerneau, Lannnion, Tréguier, Dinan, souvent en bout d’un estuaire). Une réussite comme celle de Lannion avec les Télécoms devrait pouvoir se répéter ailleurs, alors qu’elle est en déclin actuellement. Le lien avec la terre se fait aussi par les langues traditionnelles, en résistance à l’universalité. La société actuelle se doit de lutter contre l’individualisme et l’utopie collective : la Bretagne y fait face avec un riche contexte associatif…

   Rémi Mer, ingénieur agronome, nous a parlé de l’agriculture bretonne, partagée entre dynamisme et domination extérieure. Si le porc représente 60% de la production française, la Bretagne n’est pas en reste dans le domaine des légumes (très diversifiés) ; des circuits courts de commercialisation se mettent en place, le bio se développe de plus en plus, de jeunes agriculteurs s’installent, pérennisant l’activité agricole de la Bretagne. Celle-ci doit faire face à de nombreux défis :
– un défi économique, avec le déplacement des centres de décision,
– un défi environnemental,
– un défi sociétal,
– le manque éventuel de salariés dans certains domaines,
– un défi éthique pour la production de la viande,
– le défi de l’image et de la réputation de l’agriculture bretonne,
– le défi du temps qui passe…

   Un trio d’orateurs nous a parlé ensuite de la mer et des activités marines :
– Philippe Le Gal, président du Comité national de la Conchyliculture, nous parle des 800 entreprises qui produisent 50.000 tonnes de coquillages. L’activité se doit de défendre l’espace maritime terrestre contre l’urbanisation, et s’assurer de la qualité de l’eau dans son milieu de travail.
– Gérald Hussenot, ex-secrétaire du Comité régional des pêches, aborde la pêche et les bioressources de la mer : on compte aujourd’hui 1 182 navires de pêche actifs, dont 32 de plus de 25 m, et plus de  4     800 marins (soit plus de la moitié des marins français).
Intermarché, dont la flotte est basée à Lorient, est aujourd’hui le premier armateur français. Environ 100 000 tonnes de pêche sont débarquées par an, et il faut y ajouter les algues laminaires et les algues de rive. Pour l’avenir, il faut faire confiance à la capacité bretonne de gérer les ressources naturelles. Mais la pêche bretonne accuse une perte de 50% en bateaux et marins depuis 30 ans.
– Bernard Cloarec, directeur de la station biologique de Roscoff, nous parle d’un parc scientifique à venir sur les bioressources marines ; nommé Blue Valley (à vocation internationale), il est en cours de création à Roscoff.

   Jean-Pierre Le Roux nous raconte son épopée dans la gestion de son entreprise de production de nems et autres produits asiatiques à Morlaix, qui a atteint la réussite économique, avec 120 salariés, avant la descente aux enfers, par défaut de gestion financière adaptée.
cf. https://www.ouest-france.fr/bretagne/jean-pierre-le-roux-nems-hard-rock-et-ecriture-3162283

   Malo Bouëssel du Bourg, directeur de « Produit en Bretagne » a apporté une note très positive par la réussite de cette fédération dans toute la Bretagne, y compris en Loire-Atlantique ; il cite en exemple à Nantes la fabrication de montures de lunettes NaoNed, faites à partir d’algues marines. Plus de 350 entreprises font actuellement partie de « Produit en Bretagne », dont le logo est présent partout.

   Jacques Brillet, porte-parole de la FSU Bretagne, remet en question l’excellence scolaire de la Bretagne, qui serait essentiellement due à la confrontation de deux systèmes d’éducation, le public et le privé catholique, mais aussi au fait que plus de 70% des enfants de moins de 3 ans ont été scolarisés.
Aujourd’hui, l’école bretonne doit faire face à plusieurs problèmes : la concentration de l’éducation entraîne une réduction du nombre de collèges (bien que les frais de transport qui en résultent conduisent à un coût total supérieur à celui d’avant) ; de plus, le nombre d’enfants de moins de 3 ans scolarisés a chuté à 40% aujourd’hui.

   Jean Claude Le Ruyet, secrétaire d’Ar Falz/Skol Vreizh, a abordé la question linguistique et culturelle. L’apprentissage des langues doit se faire le plus tôt possible. Une solution à 3 langues (breton, français, anglais) à l’école primaire devrait être plus répandue, car elle est efficace. L’avenir est dans les mains de la Région et du Conseil Culturel de Bretagne.

   Philippe Gestin, journaliste et enseignant à l’IUT de Lannion, nous parle de la presse écrite et de sa crise profonde face au choix des jeunes vers les réseaux sociaux : le web est un accélérateur de la crise. Mais la presse bretonne (Ouest-France, Le Télégramme, les hebdomadaires) continue à résister.

   Yves Ollivier, co-auteur du Livre blanc de l’unité bretonne, parle de la réunification de la Bretagne, en berne face au désengagement des élus, souvent contraints de suivre les dictats politiques de leurs partis. Les décisions gouvernementales se font sans consultation de la base : Yves Ollivier considère qu’on est au stade du naufrage démocratique, et recommande de lire le Discours de la Servitude Volontaire de la Boétie… Cf. https://www.singulier.eu/textes/reference/texte/pdf/servitude.pdf – N’avons-nous pas un régime autocratique en France ?
La réunification de la Bretagne demande engagement et mobilisation, et que l’on redéfinisse ce que signifient autonomie et fédéralisme ; pourquoi la France refuse-t-elle toute possibilité d’imiter les Länder allemands qui sont une réussite ?

   La conclusion de la journée se fait sous forme d’une rapide table ronde avec plusieurs élus de différentes tendances politiques :

– Agnès Le Brun, maire de Morlaix, félicite les organisateurs de la tenue de ce colloque au lycée Suscinio, de la richesse des exposés et du nombre de participants ; elle défend la langue bretonne dans les écoles dès l’enfance, et apporte sa contribution à la culture bretonne au-delà de la ville de Morlaix.

– Cindirella Bernard, conseillère municipale à Bégard, 1ère adjointe, conseillère départementale :  défend la langue bretonne à l’école, et plaide pour les écoles bilingues en plus grand nombre en Bretagne.

– Jean-Michel Le Boulanger, vice-président de la région Bretagne, défend la culture bretonne et ses langues, en souhaitant un financement plus important pour ces activités.

– Paul Molac, député de Ploërmel, est très combatif, et aborde le droit à la différenciation territoriale pour la Bretagne comme pour les autres régions : l’article 72 de la Constitution sera modifié, sans que l’on sache quand ; Emmanuel Macron s’était engagé en juin 2018 à Quimper à donner des réponses dans un délai de six mois pour les 28 thèmes soumis à demande ; Paul Molac annonce des actions fortes pour la fin décembre s’il n’y a pas de réponse du gouvernement.

Benoît de BERGEVIN : Nouveau président de l’Association Bretonne

Élu président de l’Association Bretonne le vendredi 22 juin 2018, lors du congrès de Dinard, Benoît de Bergevin a succédé dans cette fonction à Yann Kergall. Originaire du Finistère, il est né le 4 décembre 1955 à Saint-Martin-des-Champs, à l’ouest de Morlaix. Hasard ou signe du destin, sa date anniversaire est aussi celle où l’on fête sainte Barbe, patronne des artilleurs — originaire de Bythinie en Anatolie — suppliciée pour avoir refusé d’abjurer sa foi chrétienne. Qui aurait pu se douter, en ce matin d’hiver particulièrement rigoureux, que Benoît ferait carrière dans l’armée comme officier d’artillerie. Elle le conduira notamment — lui l’homme du bord de mer et du littoral finistérien — jusqu’à l’autre extrémité de l’Hexagone, à Draguignan, à l’École d’application de l’artillerie[i], en charge de la formation des officiers, sous-officiers et servants des matériels de l’artillerie.

Par son caractère comme par sa formation militaire, Benoît a le goût de l’ordre et de la discipline, pondéré par un égal attrait pour l’urbanité et les bonnes manières en toutes circonstances. Son goût du travail en équipe se conjugue avec le sens de l’humour, une certaine résilience et attirance pour la décontraction, le calme et la simplicité. Il voue une égale détestation en cuisine pour Brassica oleracea (plus communément dénommée choux de Bruxelles) et en société pour la malséance des rustres, des malappris et des snobs.

Benoît de BERGEVIN et son épouse Anne.

Des racines bretonnes affirmées

Fils d’Olivier Anne Joseph de Bergevin et d’Anne Marie Louise Françoise Dumolard de Bonviller, Benoît est issu d’une famille bretonne. Ce finistérien épousa le 23 janvier 1993, à Carantec, Anne de Kersauson. L’un de ses parents Bergevin, capitaine d’armes d’une compagnie franche de la marine, se distingua le 18 juin 1694 à la bataille de Camaret contre les Anglais sous les ordres de Vauban et participa à la prise de Rio-de-Janeiro par Duguay-Trouin en 1711[ii]. Son fils François, avocat, fut nommé en 1744 conseiller procureur du Roi à la sénéchaussée de Brest, avant de devenir lieutenant de l’amirauté de Léon, subdélégué de l’intendant de Bretagne pour l’évêché de Léon. Il reçut en 1775 ses lettres patentes d’anoblissement et le règlement de ses armoiries.[iii]

Un autre ancêtre, Olivier de Bergevin, s’illustra sous la révolution comme député extraordinaire du Finistère. Il consigna une adresse « à la convention nationale pour justifier la Commune de Brest et demander la mise en jugement du Tribunal révolutionnaire de cette ville », le 6 frimaire de l’an III (26 novembre 1794).

Benoît effectua sa scolarité à Morlaix avant de s’engager, au terme de son service militaire, pour entrer en septembre 1978 à l’École militaire de Strasbourg puis accéder à l’École militaire interarmes de Coëtquidan. Jeune sous-lieutenant, il choisit l’artillerie à sa sortie de l’école en 1981. Son premier régiment, il le rejoindra à Suippes, dans la Marne, comme lieutenant, après une année à l’École d’application de l’artillerie. Instructeur puis commandant d’unité à Poitiers, il rejoignit en 1991 le 93e Régiment de montagne[iv], à Varces dans l’Isère, comme officier supérieur adjoint, avant d’être muté à Draguignan en 1995, au poste de commandant de la formation des élèves officiers de réserve.

Draguignan, où il reviendra plus tard, accueillait en effet depuis 1976 l’École d’application d’artillerie qui succéda à l’École d’application d’Idar-Oberstein ouverte en zone d’occupation en Allemagne en 1945. Elle-même sera transférée à Châlons-sur-Marne en 1954, après une installation transitoire au camp de Mourmelon. Sous l’angle historique, cette école s’inscrit dans une tradition ancienne. Dès 1791 un décret de l’Assemblée nationale fixa la mission de l’École des élèves officiers d’artillerie de Châlons-sur-Marne en charge de la formation des sous-lieutenants ayant réussi l’examen préalable ou issus de l’école polytechnique. Elle fut déplacée plus tard à Metz en 1802, puis à Fontainebleau en 1871. En 1923, l’École militaire de l’artillerie de Poitiers reçut la mission d’accueillir les sous-officiers reçus au concours d’officier. À l’invasion, en juin 1940, l’École d’application de l’artillerie (EAA) fut déplacée à Nîmes.

Chargé de la communication, des relations internationales et des traditions de l’école, à compter de 1999, Benoît rejoindra en 2001 l’État-major de l’Armée de terre, rue Saint-Dominique à Paris. Avant son départ à la retraite en 2013, il retourna à Draguignan, cette fois comme chef de cabinet du général commandant l’École d’artillerie en 2007, puis de chef de cabinet du général commandant l’École d’artillerie et du général commandant l’École d’infanterie. Chevalier de l’ordre du mérite le 11 décembre 2001, pour ses vingt-cinq ans de service, Benoît de Bergevin sera fait officier le 9 novembre 2012.

Un esprit curieux et ouvert 

Les centres d’intérêt de Benoît relèvent de quatre domaines en particulier qui ont des liens croisés entre eux. Depuis 1970, il se passionne pour la généalogie des familles bretonnes sans se limiter à sa seule parentèle. À ce titre, il effectue aussi des recherches pour ceux qui s’attachent à retrouver les traces d’un parent plus ou moins célèbre. En lien avec le sujet précédent, l’héraldique est son second sujet d’intérêt.

Sans se qualifier de bibliophile, Benoît aime les livres. Ses recherches portent notamment sur ceux qui concernent la Bretagne, l’histoire de l’ancien régime et le XIXe siècle. À ce titre, il se penche sur les dictionnaires et annuaires biographiques, ainsi que sur les généalogies bretonnes.

Éclectique et d’esprit ouvert, ce tintinophile apprécie aussi la bande dessinée classique, notamment la ligne claire reprise par Hergé. Il ne dédaigne pas, de temps à autre, un bon roman policier, comme ceux d’Exbrayat, d’Agatha Christie ou de Stanislas André Steeman. Ce dernier est le concepteur du personnage de Wenceslas Vorobeitchik, alias Monsieur Wens, que l’on retrouve dans une douzaine de ses ouvrages. Ancien policier devenu détective privé — impertinent, ironique et subtil — Wens cultive l’élégance dans sa mise et la discrétion. Souvent impertinent, pratiquant en toute occasion une politesse exquise et évitant tout écart de langage, il ne se départit jamais d’un flegme permanent dans la résolution des énigmes les plus complexes, toutes qualités appréciées par Benoît dans la vraie vie.

Un goût pour l’écriture

Son attrait pour les livres conduisit Benoît à prendre lui-même la plume. Avec Claude-Youenn Roussel, il participa à la rédaction d’Un survivant de Quiberon[v], consacré à Louis-Ignace-Jean-Joseph Le Grand du Quellenec, l’un de ses parents. Ce personnage, né au Mexique dans une famille d’origine bretonne, vint s’établir à Morlaix. Les qualités de sérieux acquises lors de sa carrière militaire — il fut capitaine d’infanterie — le prédisposèrent à occuper des fonctions élevées dans l’administration révolutionnaire. Barré dans son évolution en raison de ses convictions religieuses, menacé, il émigra pour rejoindre l’armée des Princes[vi], participant notamment à l’expédition de Quiberon en juin 1795, dont il réchappa pour rejoindre l’Angleterre. De 1814 à 1819, il sera le maire de Morlaix. À l’évocation de cette dernière page de la vie de Le Grand du Quellenec Benoît consacra un second opus intitulé Morlaix sous l’empire et la restauration[vii].

Pendant sa carrière militaire, Benoît écrivit également sur différents sujets en lien avec son activité professionnelle. C’est ainsi, qu’il rédigea une biographie des principaux artilleurs dont la contribution fut décisive dans la bataille de Wagram dans le Petit journal de l’exposition Napoléon, l’histoire et la légende, qui se tint du 21 juin au 18 novembre 2009 au Musée de l’artillerie de Draguignan, pour le bicentenaire de cette victoire. Il évoqua dans ce texte le souvenir de Jacques Alexandre Bernard Law, marquis de Lauriston, Jean Ambroise Baton de la Riboisière, Antoine Drouot, Augustin Marie d’Aboville et Jean-François Boulart. Le texte fut repris dans le Dossier sur le bicentenaire de Wagram publié par le magazine Arti de juillet 2009[viii].

Rappelons qu’en janvier 1809 Napoléon se trouvait en Espagne lorsque l’Autriche, soulevant le Tyrol, reprit la guerre. Revenant en France, l’Empereur regroupa ses armées et marcha sur l’Autriche. Dès les premiers engagements, le 20 avril, les Français alliés aux Bavarois battirent les Autrichiens à Tengen, Abensberg, Lanshut, Eckmühl et Ratisbonne. Après avoir occupé Vienne, ils s’affrontèrent aux Autrichiens le 1er juillet, au sud de la ville. Le 6 juillet, sur l’ordre de l’Empereur, le général Lauriston concentra ses batteries pour frapper au cœur le dispositif autrichien, épaulé par les canons de Drouot. Au total, cent pièces furent alignées sur un front de 1400 mètres. Leur puissance de feu joua un rôle décisif en faveur de la victoire. Cette bataille démontra pour la première fois dans l’Histoire le rôle crucial de l’artillerie dans l’issue d’une bataille.[ix] l’archiduc Charles, contraint à se retirer en Moravie après avoir perdu cinquante mille hommes, demanda l’armistice le 11 juillet. La paix fut signée le 14 octobre 1809.

En conclusion, le lieutenant-colonel de Bergevin a fait sien l’apophtegme de son grand-père maternel « Bien faire et laisser braire », devise également partagée comme il le rappelle par les muletiers des régiments d’artillerie de montagne, dont le rôle fut si essentiel. Soucieux de l’équilibre à maintenir entre le corps et l’esprit — « Mens sana in corpore sano »— il pratique la course à pied deux fois par semaine. Cela lui permet, n’en doutons pas, de minimiser les risques glycémiques du millefeuille, son plaisir gourmand.

Michel GERMAIN, le 4 novembre 2018

Notes :

[i] L’école d’application d’artillerie transférée à Châlons-sur-Marne en 1949, s’installa à Draguignan en 1976.

[ii] Potier de Courcy, Nobiliaire et armorial de Bretagne, 1890, tome 1, p.90

[iii] Chaix d’Est-Ange Gustave, Dictionnaire des familles françaises anciennes ou notables à la fin du XIXe siècle, Tome 3.

[iv] Le 93e RAM se distingua en 1944 en participant aux combats menés à la plus haute altitude en Europe, à 3593 m., au pic du Midi.

[v] Roussel, Claude-Youenn, de Bergevin, Benoît, Un survivant de Quiberon : Le Grand du Quellenec, 1753-1830, Tome 1, Paris, Guénégaud, 2008.

[vi] Armée contre-révolutionnaire.

[vii] Roussel, Claude-Youenn, de Bergevin, Benoît, Morlaix sous l’Empire et la Restauration, Le Grand du Quellenec, 1753-1830, Tome 2, Paris, Guénégaud, 2012.

[viii] Dossier Traditions et culture d’arme (Bicentenaire de Wagram), Arti n°13, juillet 2009.

[ix] À titre d’information, 96 000 coups de canon furent tirés, nécessitant 12 tonnes de poudre (soit 250 000 livres). Source : Dossier Spécial Bicentenaire de Wagram, Arti n°13, juillet 2009.

Yann KERGALL, Président d’honneur

Président de l’Association Bretonne de 2010 à 2018

Tout changement de président constitue pour l’Association Bretonne une page qui se tourne en même temps qu’une aventure humaine qui se poursuit — avec détermination et fidélité — dans la continuité des valeurs qui fondent son identité. Celui qui est appelé à exercer cette responsabilité s’inscrit dans cette chaîne en même temps qu’il marque de son empreinte le mandat qu’il exerce. Yann Kergall — 19ème président depuis la création de l’Association Bretonne en 1843 — succéda le 23 octobre 2010 à Régis le Bouteiller des Haries. Le 22 juin 2018, il passa à son tour le relais à Benoît de Bergevin, son successeur, lors de l’Assemblée générale du congrès de Dinard. Quel meilleur contexte en effet pour cette passation que cette station balnéaire parmi les plus prestigieuses de Bretagne, à une encablure de Plumazon où se fondent les attaches bretonnes de Yann et où il aime à se ressourcer. Il aime la quiétude de ce hameau du bord de la Rance où, avant la construction du barrage, les habitants poussaient leur haveneau au pied du château de Péhou, en quête des crevettes qui assuraient leur subsistance.

Huit années de présidence

Pendant les huit années de sa présidence, Yann poursuivit l’action de ses prédécesseurs dans le souci de maintenir l’harmonie et la convivialité si essentielles à notre association car elles participent au plaisir de se retrouver lors des rencontres de pays comme des congrès. Il voulut en même temps maintenir l’association sur cette ligne de crête exigeante et difficile consistant à garder le cap dans le respect de ce qui fonde sa singularité et la différencie des autres sociétés savantes de Bretagne, comme d’autres instances à finalité sociale ou caritative. Sa présidence s’exerça dans un contexte de mondialisation croissante marquée, en contrepoint, par le regain d’intérêt qui s’exprime en faveur des cultures locales — expression de la diversité — et par l’insertion d’Internet dans le paysage tant professionnel que personnel.

Pendant son mandat, à la réalité physique de l’association — celle exprimée par ses membres — s’est conjuguée une autre réalité, cette fois virtuelle, par la présence de l’association sur Internet. L’adresse www.associationbretonne.bzh fut déposée et un nouveau site succéda à la première ébauche, déjà aboutie.

Pour reprendre ses propres termes, Yann se sent autant breton que français et européen, dans une complétude sans opposition entre ces trois appartenances. Adepte du bilinguisme précoce par l’éducation qu’il reçut de ses parents — il maîtrise depuis l’enfance le français et l’allemand — il y voit une stimulation de l’esprit et une ouverture au monde. Attentif à l’enseignement de l’histoire de la Bretagne, il est un partisan déclaré de la réunification administrative de la Bretagne. Surtout, il revendique son attachement aux racines chrétiennes de notre région, comme à l’expression de ces dernières dans le concert européen en construction.

Sous la mandature de Yann s’égrenèrent — comme autant de repères du temps qui passe — les congrès de Landerneau (2011), Redon (2012), Sarzeau (2013), Nantes (2014), Morlaix (2015), Lannion (2016), Lorient (2017), enfin Dinard, en 2018 (le 145è de la vie l’association). Ils sont avec la parution du bulletin l’horloge interne de l’Association Bretonne. Chacun d’entre eux évoque dans la mémoire tout à la fois un lieu de Bretagne, un contexte et des visages : ceux des intervenants, des membres présents, mais aussi — dans la fidélité du souvenir — ceux des membres qui s’en sont allés. Le congrès de Nantes fut notamment l’occasion de célébrer le 500ème centenaire de la mort d’Anne de Bretagne par la réalisation d’une bannière tissée par la maison Le Minor à Pont-l’Abbé représentant la duchesse tenant dans ses mains La Cordelière — le navire que fit construire son père François II de Bretagne en 1498 et dont elle fut la marraine — ainsi qu’une allégorie de la Bretagne historique.

Yann KERGALL et son épouse Viviane (juin 2018)

Un humaniste calme et déterminé

Yann Kergall, en peu de mots, c’est une affabilité conjuguée à un humanisme. Le sourire est facile, l’œil vif — parfois malicieux — scrute et analyse. Le propos, toujours calme et posé, témoigne de sa volonté en toute circonstance de savoir raison garder, de choisir le terme juste et précis, héritage de sa formation et de son activité juridique. Son engagement dans l’Association Bretonne remonte à 1972. Il s’est renforcé par la suite par son rôle d’administrateur au début des années 2000, puis par sa responsabilité de président en 2010.

Son beau-père, le colonel Léonor de Rohan Chabot, officier de cavalerie, fut lui-même secrétaire général puis président de l’Association Bretonne de 1972 à 1980. Ce dernier était issu de la promotion de Saint-Cyr dite « du Souvenir » (1921-1923) qui rappelle que 4448 Saint-Cyriens trouvèrent la mort pendant la Grande Guerre. Démobilisé en 1940, il participa à la Résistance en Ille-et-Vilaine avant et après la libération, sous les ordres du Colonel le Bouteiller, père de Régis, responsable du contrespionnage pour la Bretagne.

Autre figure, la belle-mère de Yann, Béatrix Le Cardinal de Kernier, se dévoua toute sa vie à la cause bretonne. Elle apprit le breton à dix-huit ans avant de publier — sous le pseudonyme de Keranro — de nombreux poèmes et une pièce de théâtre en breton[i]. Elle rédigea et fit éditer un missel pour enfants en breton et français. Elle réussit à apprendre le breton à son mari et veilla à ce que leurs 6 enfants le parlent. Femme d’engagement, elle contribua notamment pendant vingt ans à l’œuvre du Nid, fondée à Paris par Maggie Boire avec l’aide d’André-Marie Talvas en 1937 dans le but d’aider des jeunes prostituées, souvent bretonnes, à échapper à leur condition. Leur action aboutira à la promulgation de la « Loi Marthe Richard » du 13 avril 1946.

Yann est le fils d’Antoine Kergall et de Françoise de Berlhe. Jusqu’en 1939, son père, journaliste, fut directeur de la Revue Economique et Financière fondée par son propre père en 1880. Antoine Kergall, officier de réserve, fut lieutenant de chars de combat en 1940. Démobilisé, il s’engagea en 1941 comme agent de renseignement du réseau Kléber, puis responsable des renseignements du mouvement Libération-Nord[ii] dirigé par le général Lugand en 1943. Sous le pseudonyme de « Larcouest », il servira sous les ordres du colonel Rol-Tanguy comme chef du 2ème Bureau des FFI de la région Ile-de-France. En charge du renseignement pendant la libération de Paris, il fut promu au grade de commandant FFI le 15 août 1944. Proche d’Hubert de Lagarde[iii], chef du 2ème Bureau de l’état-major FFI, il fut proposé pour lui succéder après l’arrestation de ce dernier en juin 1944.

Le Musée de la Résistance en ligne présente notamment un rapport du 2ème Bureau de l’état-major régional FFI d’Ile-de-France signé « Larcouest » (Antoine Kergall) sur la situation au 29 août 1944 à destination de l’état-major national FFI, de la 2ème DB et au 5ème corps d’armée US. Un fond « Kergall » figure en effet au Musée du Général Leclerc de Hautecloque et de la Libération de Paris – Musée Jean Moulin.

Après une mission interalliée à Berlin dès la fin de 1945, Antoine Kergall fut nommé délégué du Commissaire pour le Land Rhénanie-Palatinat dans le Cercle de Wittlich[iv]. Cela valut à Yann d’effectuer ses études primaires et sa sixième dans une école allemande, puis en Belgique et de les poursuivre en France dans trois collèges jésuites successifs. L’idéologie humaniste du Ratio Studiorum[v] (confiance en l’homme et en Dieu) a marqué sa formation. Bilingue dès l’enfance, la maîtrise égale du français et de l’allemand explique l’intérêt qu’il a porté de tout temps à la pratique de plusieurs langues même si ce n’était pas le breton.

Une vie professionnelle bien remplie

Diplômé de l’École des Hautes Études Commerciales en 1963, Yann a passé ensuite plusieurs certificats à l’Université libre de Berlin avant l’obtention d’une maîtrise de droit à Paris Assas en 1966. L’année précédente, il avait épousé Viviane de Rohan Chabot dont il aura cinq enfants : Anne Osmont d’Amilly, Béatrice Sarton du Jonchay (décédée le 23 septembre 2018), Gwenola Perez Goicoechea, Charles-Arthur et Armelle Chalm.

Conseil juridique puis avocat associé, Yann exerça au Bureau Francis Lefebvre de 1966 à 1992. Responsable du département de fiscalité internationale de ce cabinet fondé en 1925, il devint membre du directoire. Par la suite, il rejoignit comme associé et membre du directoire le cabinet d’avocats CLC Juridique et Fiscal, lié à Coopers et Lybrand, de 1992-1997. Il termina sa carrière professionnelle comme associé du cabinet d’avocats UGGC Avocats de 1997 à 2002.

Avocat honoraire depuis 2003, sa contribution au rapprochement des professions de conseils juridiques et d’avocats lui valut l’attribution de l’ordre national du Mérite. Conseiller du Commerce Extérieur de la France de 1992 à 2004, il fut Secrétaire Général puis Vice-Président du Comité national des Conseillers du Commerce Extérieur de la France jusqu’en 2004. Ces responsabilités lui vaudront l’obtention de la Légion d’Honneur, au titre du Ministère de l’Économie et des Finances

Par ailleurs, son engagement en faveur de l’enseignement catholique le conduisit à présider l’Organisme de Gestion de l’Enseignement Catholique (OGEC), gestionnaire des collèges de Saint-Martin à Pontoise et Saint-Érembert à Saint Germain-en-Laye, avant d’être administrateur de la Fédération Nationale des OGEC (FNOGEC) jusqu’en 2012.

En reconnaissance pour son action au sein de l’Association Bretonne, Yann fut nommé président d’honneur, lors de la réunion du conseil d’administration du 6 octobre 2018.

                                                                  Michel GERMAIN, le 6 novembre 2018

Notes :

[i] Œuvre rassemblée dans Kevin Kerbrug, ouvrage publié en 1980.

[ii] L’un des principaux mouvements de résistance, il compte au nombre des 8 grands mouvements représentés au Conseil National de la Résistance à compter de 1943. Il adopta le nom du journal clandestin Libération-Nord qui parut pour la première fois en décembre 1940.

[iii] Officier d’active, écrivain et résistant qui mourut le 25 janvier 1945 au camp de Dora. Fondateur du réseau de résistance Eleuthère, membre du Comité d’action militaire, il avait installé rue Cambon le magasin d’antiquité Chez Swan, comme couverture de ses activités secrètes.

[iv] Source : Fabrice BOURREE, Musée de la Résistance en Ligne, http://museedelaresistanceenligne.org/

[v] Au sens littoral « Plan des études », Charte pédagogique des Jésuites.

Dinard : Congrès 2018 de l’Association Bretonne

Palais des Arts et du Festival

22 au 24 juin 2018

C’est au Palais des Arts et du Festival — haut-lieu de la vie culturelle de Dinard, surplombant la plage de l’Écluse — que s’est tenu cette année le congrès de l’Association Bretonne. L’Ille-et-Vilaine succédait ainsi au Morbihan qui, l’an dernier, accueillit la précédente rencontre. Dès son édition de 1930, le Guide bleu illustré Hachette qualifiait Dinard de « station balnéaire la plus mondaine de la Bretagne du Nord » avec son importante colonie d’hivernants britanniques et américains. Il poursuivait « Baigneurs et touristes y affluent surtout entre le 1er août et le 8 septembre, époque des courses et des régates. C’est un séjour riant et aimable qui doit sa célébrité à sa magnifique situation, tant sur l’estuaire de la Rance que sur la mer. »

Plein succès pour cette édition 2018 du congrès avec l’enregistrement record de plus de 180 participants dès la première journée dont le programme se déroula sous un soleil radieux. La programmation, alternant de façon équilibrée conférences et visites, avait été établie par Jean-Yves Le Porzou, en lien avec le président Yann Kergall.

Vendredi 22 juin 2018

L’ouverture du congrès fut prononcée le vendredi matin par Yann Kergall, en sa qualité de président de l’association. Il passa ensuite la parole à Jean-Claude Mahé, maire de Dinard depuis 2017, pour le traditionnel mot d’accueil. Ce dernier, professeur à la retraite, fit l’éloge de sa ville, connue notamment du public pour ses villas, son architecture belle-époque et son festival du film britannique. Le respect de ce patrimoine constitue l’un des objectifs de la municipalité avec dans le même temps le souci d’inscrire la cité dans la modernité. Après avoir évoqué en quelques chiffres la réalité de sa ville et son évolution au cours des dernières années, il souhaita la bienvenue aux congressistes, exprimant par la même occasion sa fierté d’accueillir le congrès de l’Association bretonne, pour la 1e fois depuis la création de cette dernière il y a 175 ans.

Dinard : La plage de l’Écluse

La journée du 23 juin fut marquée par des interventions variées, ainsi celle concernant l’Association des descendants de capitaines corsaires par Dominique de Ferron. Cette association identifie et recense dans sa base de données 6014 capitaines corsaires, identifiés du XIVe siècle à 1815. Puis Luc Boisnard, auteur des Élites malouines, aborda le sujet de la société malouine et de ses évolutions, avant la conférence du docteur Marc Bonnel sur l’expansion balnéaire de la côte d’Émeraude dans la seconde partie du XXe siècle. Pendant le déjeuner, servi au restaurant du Casino, les congressistes profitèrent du spectaculaire panorama sur la plage et le large. En début d’après-midi, ils se partagèrent en deux groupes qui visitèrent respectivement les hauts-lieux des promenades dinardaises, la pointe du Moulinet et celle de la Malouine. Enfin, une dernière intervention porta sur la généalogie en France et dans le monde, effectuée à deux voix par Michel Teillard d’Eyry, président d’honneur de la Confédération Internationale de Généalogie et de l’Héraldique, et Michel Germain.

L’un des temps forts de cette première journée fut l’assemblée générale de l’association, avec la présentation du rapport moral du président, présenté par Yann Kergall, puis celle du rapport financier par Yves Guillaumot. Ces deux présentations obtinrent le quitus des membres présents ou représentés. Yann Kergall fit part à cette occasion de sa décision de céder sa place de président, résolution préalablement annoncée lors du dernier conseil d’administration avec la proposition de son successeur, Benoît de Bergevin, qui avait accepté de prendre le relais. Les membres présents furent alors invités à ratifier ce vote, ce qui fut fait à l’unanimité. Le nouveau président prendra ses fonctions le 1er septembre prochain. Des applaudissements nourris exprimèrent la satisfaction de l’assemblée pour le travail effectué par le président démissionnaire et les encouragements pour le nouveau président. Puis un cocktail propice aux échanges entre les membres de l’association vint clore la journée.

Yann Kergall et son épouse (à gauche), Benoît de Bergevin et son épouse (à droite)

Samedi 23 juin 2018

Le samedi 23 juin, six conférenciers prirent la parole à tour de rôle. René Colas et Michel Outy, auteurs d’un article documenté publié en 2017 dans le bulletin de la Société archéologique et historique d’Ille-et-Vilaine (SAHIV) évoquèrent en ouverture le rôle des milices garde-côtes de la province de Bretagne et la capitainerie de Pontbriand. Claude de Langle présenta ensuite le parcours étonnant du scientifique malouin Pierre Louis Moreau de Maupertuis. Pour clore la matinée et en revenir à un sujet plus contemporain, Patrick Soisson, président de la Compagnie des Pêches, dressa le tableau vivant de la situation de la pêche aujourd’hui.

L’après-midi, Philippe Petout, conservateur en chef du musée de Saint-Malo —contributeur éminent de l’ouvrage Saint-Malo, la cathédrale des corsaires — présenta la cathédrale Saint-Vincent, que fréquentèrent Surcouf, Duguay-Trouin, Jacques Cartier, Chateaubriand et les frères Lamennais. Son clocher de 72 mètres constitue un amer remarquable de Saint-Malo. Jacques Le Goualher évoqua ensuite, à partir de l’ancêtre hollandais de son épouse, le lien entre les vedettes vertes de Dinard, nées en 1904 de l’expansion du tourisme, et les grandes expéditions malouines. Enfin, en clôture de la journée, Loïk et Erwana Camus, son petit-fils et son arrière-petite-fille, évoquèrent la mémoire de Camille Le Mercier d’Herm, poète, éditeur, historien et nationaliste breton, connu nous le nom néo-bardique de Kammermor et breton de Kamil Ar Merser ‘Erm. Auteur en 1909 de l’article intitulé « Traditionalisme et séparatisme », qui connut un fort retentissement, il lança en 1921 le journal La Bretagne libertaire.

Dinard : La porte d’Émeraude et la cale du Bec de la Vallée

Dimanche 24 juin 2018

Le dimanche 24 juin, une visite guidée de la ville de Saint-Malo fut organisée avant la messe en la cathédrale Saint-Vincent, avant la clôture du congrès par un repas dans la malouinière de la Ville Bague en Saint-Coulomb. Édifié au XVIIIe siècle, elle fit l’objet d’une inscription au titre des monuments historiques le 28 décembre 1981. La Ville Bague fut construite en 1715 par Guillaume Eon, descendant d’une famille de riches négociants malouins qui possédaient plusieurs comptoirs à l’étranger. En 1975, Jacques Chauveau et son épouse Madeleine achetèrent la propriété et entreprirent pendant 20 ans un patient travail de restauration de la malouinière et de son parc. Son grand salon a pour particularité un papier peint panoramique classé monument historique. Commandée par le Marquis de Penfentenyo, sa réalisation nécessita 2 ans de travail à la manufacture Dufourt et Leroy de Paris.

Les membres du CA, en clôture du congrès, chez J.-G. Bouchaud

En conclusion, le congrès 2018 de l’Association Bretonne — passage de relais entre deux présidents — fut une parfaite réussite, dans des conditions météorologiques privilégiées.

Saint-Malo en perspective.

20 mai 2017 – Journée de Pays en Trégor-Goëlo

Belle-Isle-en-Terre et environs, dans le contexte de Lady Mond

Marie-Louise Le Manac’h est née en 1869 au moulin de Prat-Guégan, à Belle-Isle-en-Terre, dans le Trégor intérieur.
Seule fille d’une famille de meuniers, elle saura développer des qualités hors norme avec un sens profond du patrimoine et des relations humaines. Après des études appliquées à l’école des filles, elle a l’occasion d’assister à Paris aux obsèques de Victor Hugo, où elle découvre un monde de riches personnes menant une vie facile où l’argent est partout présent. Belle jeune femme, intelligente et dotée d’une forte personnalité, elle va fréquenter Paris, puis Londres où elle rencontre Antoine de Bourbon, infant d’Espagne : elle mène avec lui une vie de fastes et de plaisirs, entre Paris, Londres et Madrid pendant plusieurs années… En 1905, après la rupture de leur liaison, elle vit quelque temps à Paris, puis retourne à Londres, où elle aime vivre, ayant appris l’anglais à la perfection. En 1910, elle fait la connaissance de Robert Mond, le richissime roi du nickel, qui finira par l’épouser en 1922. Elle reviendra souvent à Belle-Isle, où elle a fait construire le Pavillon Mond. Elle voyage beaucoup, partageant son temps entre Paris, Londres, Dinard où son mari achète en 1926 un château renommé Castel Mond, qui sera leur résidence préférée ; autre destination de voyage, l’égypte où son mari finance des recherches archéologiques. En 1929, Robert Mond lui offre le château de Coat-an-Noz à Belle-Isle ; et en 1932, ils seront tous deux anoblis par George V.

Devenue Lady Mond, Maï Manac’h va faire oeuvre d’un mécénat unique en son genre en Bretagne : le pavillon Mond deviendra la mairie, occcupé par son jeune frère devenu maire ; alors qu’elle séjourne à Coat-an-Noz, elle fait construire à côté de la mairie une réplique réduite du château, qui sera nommée elle aussi Castel Mond, et équipée d’une mini-centrale électrique sur le Léguer.

Pour sa commune, elle fait aussi construire une poste, une gendarmerie… Après le décès de son mari, elle réside à Coat-an-Noz, jusqu’à la guerre où ses belles propriétés de Bretagne sont occupées par les Allemands. À sa mort en 1949, elle sera enterrée dans le mausolée à crypte égyptienne qu’elle a fait construire dans le cimetière de Locmaria pour elle et son mari.

         

C’est donc autour de cette vie étonnante que s’est déroulée la journée de pays du 20 mai, où après un rapide accueil par le maire, nous avons visité le Castel Mond, devenu école, puis aujourd’hui Centre Régional d’Initiation à la Rivière. Après avoir escaladé le piton rocheux du centre du bourg d’où l’on domine tous les environs, nous avons l’église, reconstruite vers la fin du XIXᵉ  siècle.

Nous allons ensuite à la chapelle de Locmaria, ancienne église de Belle-Isle, entourée d’un cimetière où l’accès au mausolée nous est autorisé, mais pas à la crypte où Lady Mond repose dans un tombeau en marbre de Carare. Le mausolée comprend de belles statues des défunts, et de superbes petits vitraux représentant la Vierge Marie et différents saints.

Après le repas au Relais de l’Argoat, nous avons visité le site de l’ancienne papeterie Vallée, qui a employé jusqu’à 250 personnes avant 1965, année de sa fermeture. Emma Prunaux, ancienne ouvrière de la papeterie, nous a fait parcourir le site en nous expliquant les différentes activités dans les bâtiments : tri, déchiquetage, macération des chiffons, fabrication des rouleaux de papier, etc.

Nous sommes allés ensuite à Plougonver à la biscuiterie Menou, où la reconstitution d’un petit bourg d’autrefois est riche de souvenirs.

En revenant à Belle-Isle, un arrêt au château de Coat-an-Noz, que nous avons pu visiter grâce à l’amabilité de Bernard Moreau, le propriétaire actuel, qui met ses talents en techniques du bâtiment au service de la restauration de ce très grand bâtiment.

Uniac de Quénetain nous a quittés


 Lors de notre conseil d’administration du 7 octobre dernier à Rennes, nous ne nous doutions pas que nous discutions pour la dernière fois avec notre ami Uniac de Quénetain. C’est avec tristesse et émotion que nous avons appris son décès arrivé le 30 octobre.

     Un grand nombre de personnes ont participé à ses obsèques le 3 novembre 2017 en l’église de Saint-Uniac.

     À cette occasion, notre président a évoqué sa mémoire :

 

     « Chère Françoise

     Chers amis

     C’est le moment d’évoquer Uniac dans un dernier adieu d’amitié et de respect,  à partir de ce que de ce que nous avons vécu avec lui au conseil d’administration de l’Association Bretonne dont il était  vice-président  pour la Haute Bretagne.

     Enfin remis d’une affection pulmonaire, il avait accepté bien volontiers cette responsabilité. Mais une autre maladie l’a emporté brutalement alors que la semaine dernière encore il me  disait être bien rétabli.

     Uniac était un homme de tradition et un homme de foi. Sans chercher à s’imposer aux autres, il savait manifester sa détermination avec un jugement très sûr à propos des questions que nous avions à traiter lors nos diverses rencontres et travaux.

     Homme de la tradition, il se plaisait  parfois à l’évoquer sans la figer  dans des  souvenirs nostalgiques. Elle lui servait surtout  de référence. Il la rappelait avec justesse pour éclairer  nos choix pour  l’avenir. Parti trop tôt, il n’avait pas fini d’apporter tout ce qu’il avait en lui. Nous comptions beaucoup sur lui pour garder l’Association Bretonne fidèle aux visions  de ses pères fondateurs et de nos anciens.

     Homme de foi, il se retrouvait bien dans les racines chrétiennes de la Bretagne auxquelles notre association est particulièrement attachée. En réunissant sa famille et ses amis cette belle cérémonie  est l’illustration de la foi personnelle qui l’animait. Il faisait siennes les paroles du cantique breton « Da feiz on tadou coz » qui rappellent la résistance des bretons au début du XXème siècle à l’anticléricalisme militant de l’époque. En ce début du XXIème siècle il savait dénoncer  la sécularisation et le relativisme qui en ont été les conséquences en France.

     Avec ses amis nous garderons d’Uniac le souvenir d’un ami fidèle, déterminé, profondément chrétien et breton.« 

Yann Kergall

27 avril 2017 – Journée de Pays – Le Penthièvre

Pays de Penthièvre

(déléguée : Elisabeth Delafargue)

Journée du 27 avril 2017 à Erquy, Pléhérel et Plévenon

     C’est au matin du 27 avril que les adhérents du pays de Penthièvre se sont retrouvés sur le port d’Erquy pour la découverte de la criée et des installations portuaires, bien chaussés et couverts en ce début de printemps. Nous étions accompagnés par un animateur du Grand Site Cap d’Erquy/Cap Fréhel. Après un déjeuner au restaurant La Himbert de Plurien, l’après-midi fut consacrée à la visite de la chapelle du Vieux Bourg, dominant la mer en face du cap Fréhel. Enfin la journée s’acheva par la découverte des jardins remarquables de Ker louis de Monsieur Tranchant, en Plévenon.

     La criée d’Erquy

     La criée d’Erquy est une des 38 criées françaises, présente sur le port qui est le 4ème port de pêche français en termes de chiffre d’affaire et le septième en termes de tonnage débarqué (le premier étant Boulogne sur Mer). Cela représente environ 8700 tonnes débarqués pour 24.300 M€. Notre visite a permis de découvrir en détails tous les aspects du fonctionnement de la criée, tout d’abord l’approvisionnement soit par les navires hauturiers, soit par les navires côtiers. Puis les différentes étapes de traitement du poisson débarqué ont pu être expliquées in situ : le déglaçage, le tri par taille et qualité, la pesée, la mise en ligne du catalogue de vente, puis la vente elle-même. Cette dernière utilise les techniques de pointe, car la criée d’Erquy est informatisée depuis 1992 et la vente à distance existe depuis 2006. C’est donc toute une organisation extrêmement minutieuse qui permet de garantir la qualité du poisson débarqué par les pêcheurs jusqu’à notre assiette, que nous avons eu la chance de découvrir.

 

     La Chapelle du Vieux Bourg

     La Chapelle du Vieux-Bourg, ancienne église paroissiale de Pléhérel, est placée face à la mer, et a une histoire de plus de 800 ans. Sa visite commentée avec passion par Messieurs Pimor et Charoy nous a permis de découvrir toute l’histoire de cette chapelle, et la beauté des statues notamment la statuette d’albâtre de la Vierge à l’Enfant, œuvre rare qui présente une impression de grande quiétude, et dont l’histoire mouvementée nous a passionnés, car cette statuette a été volée en 1980 et retrouvée de manière surprenante en 2012…

     Les peintures sont tout aussi remarquables, telles que Notre Dame du Bon Secours, qui représente une scène de naufrage à la Pointe aux Chèvres, ou la peinture sur toile de Burini représentant Saint Joseph et Jésus, nourri par les anges pendant la fuite en Égypte.

 

     Les jardins remarquables de Ker Louis

    Nous avons ensuite visité les jardins de Ker Louis qui sont situés dans la commune de Plevenon, à environ 4 Kilomètres du cap Fréhel. Nous avons été accueillis par les propriétaires, M et Mme Tranchant. Commencé en 1980, ce jardin de 2 Ha est une création complète à partir de terres de production agricoles, et l’aboutissement d’un travail extrêmement personnel. Il est le fruit d’une imagination forgée par la lecture, les voyages et par les nombreuses visites de jardins.

     Ker Louis met en valeur simplement d’importantes perspectives.

     Nous admirons la pelouse, travaillée et tondue tous les 3 jours, qui apporte une touche raffinée à l’ensemble et met en exergue de nombreux arbustes, dont ce cornus variegata controversa, panaché vert et blanc.

     L’influence océanique favorise la croissance d’une multitude de plantes, dont 300 pieds de camélias, 100 magnolias de variétés différentes, ainsi que des rhododendrons aux couleurs et senteurs remarquables. Le choix raisonné des végétaux est guidé par la volonté d’éveiller les sens toute l’année : une floraison continue même l’hiver, des feuillages choisis avec soin, l’utilisation d’arbres aux écorces décoratives spécialement attrayantes en hiver et enfin des parfums diffusants.

     Ce ne sont pas des collections au sens propre du terme, mais des plantes intéressantes, sélectionnées   pour leur qualité esthétique et pour leur robustesse.

     La visite se termine par le somptueux jardin japonais, dernière création qui surprend et émerveille le visiteur, notamment par au plan d’eau bordé de Gunnéra Manicata.

     Notre visite s’est déroulée sous un soleil magnifique qui mettait en valeur toutes les teintes des érables rouges, des euchères des euphorbes y compris le vert tendre des fougères arborescentes.